Thérapies de conversion : « Tu seras viril mon kid »

Dans de nombreux pays, les conditions de vie des personnes LGBTQIA+ s’améliorent. En France, l’interdiction des thérapies de conversion montre une avancée pour la cause LGBTQIA+ tout en relevant des clivages encore frappant sur cette question de droits humains.

therapie de conversion
Alors que l’homosexualité est encore illégale dans 69 pays, la France vient d’adopté, le 25 janvier 2022, l’interdiction des thérapies de conversion.

Les thérapies de conversion se basent sur l’idée que l’homosexualité est une maladie mentale. Alors que les « traitements » contre l’homosexualité existent depuis longtemps, ces thérapies sont nées aux États-Unis en 1950. Le mouvement « Exodus » est le plus étendu dans le pays. Les leaders de ces mouvements s’exportent notamment en France. Composés « d’anciens gays et lesbiennes », ils jouent sur l’espoir de parents qui veulent « guérir » leurs enfants. La guérison passe souvent par la prière et le règlement des causes traumatiques qui seraient supposément la cause du choix de l’homosexualité ou de la transidentité. La religion joue un rôle important et les victimes de ces thérapies le sont souvent à cause des croyances homophobes de leurs parents. La prière et les séances « spirituelles » apprennent en réalité l’homophobie à ces jeunes et donc la haine de soi.

Les conséquences désastreuses de ces thérapies

Les thérapies de conversion prennent la forme de violences physiques ou morales : la thérapie par le choc ou les tortures psychologiques. Les « thérapeutes » sans formation donnent aussi parfois des traitements médicamenteux à leurs « patients ». Démons, traumatismes, déviances, la création de problèmes chez leurs patients augmente l’anxiété de ces derniers. Elle peut même, pour certains, les pousser au suicide. Ces tortures physiques et psychologiques laissent des effets à long terme chez les victimes. Les problèmes de santé mentale et d’acceptation qui sont déjà très présents chez les personnes LGBTQIA+ du fait des discriminations sociétales servent aussi ces thérapies. Elles peuvent baser leur torture psychologique sur le manque de confiance et l’exclusion subie par les victimes.

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Une interdiction tardive en France

En décembre 2021, l’Assemblée et le Sénat ont voté l’interdiction de ces thérapies et le 25 janvier 2022, la proposition de loi est officiellement adoptée. Cette décision tardive suit dans la lignée des lois relatives aux personnes LGBTQIA+. En effet, l’homosexualité est considérée comme une maladie mentale jusqu’en 1990 et la transidentité jusqu’en 2019. La France reconnaît enfin que torturer des personnes pour changer leur orientation sexuelle est illégal. Cependant, le parti Les Républicains, à travers la sénatrice Jacqueline Eustache-Brinio, ne voulait pas interdire ces pratiques quand il s’agit de « l’identité de genre ». Cela aurait privé les personnes transgenres de la protection de la loi. Cette notion a été refusée par le reste du Sénat. Cependant, 28 sénateurs ont voté contre l’interdiction des thérapies de conversion. Cette avancée montre donc encore à quel point les droits LGBTQIA+ sont sujets à débat et placent ces personnes au rang de citoyens de seconde zone.

Témoignages et mise en lumière de ces tortures

Si la Loi change enfin, dans la société ces thérapies sont aussi moins fréquentes et moins acceptées. De plus en plus de témoignages et de documentaires sont réalisés sur ce phénomène qui, espérons-le, s’essouffle. La place de moins en moins importante de la religion dans la société française, mais aussi les témoignages des souffrances subies rendent ces thérapies moins courantes. Les « ex-homosexuel-les » devenus « thérapeutes » sortent aussi de l’ombre et regrettent les violences qu’ils ont infligées après les avoir eux-mêmes subies. L’espace communautaire que pouvaient apporter ces milieux religieux se voit remplacé par des groupes de protection des jeunes LGBTQIA+. En France, les plus connus sont “Le Refuge”, “SOS-homophobie” ou encore l’”Inter-LGBT”.

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Retrouvez également le documentaire Homothérapies, conversions forcées sur Arte ou encore Pray Away sur Netflix pour bénéficier d’encore d’autres informations et témoignages.

 

Noémie Anthoine

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